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Moins d'État, plus de privé : une véritable solution?

Publié le 2 Novembre 2010
Publié le 29 Octobre 2010

Une chronique de Daniel Duranleau, collaborateur citoyen

Je ne le cache pas : je suis plutôt de gauche, de « gauche-centre-gauche » pour être très précis. Socialement, économiquement même religieusement et d’aussi loin que je me souvienne. Avec un grand-père abonné au Devoir livré 2 jours plus tard sur notre ferme des Cantons de l’Est, la tendance familiale était bien lancée. Mais je comprends bien évidemment que des gens aient des idées, des points de vue différents notamment ceux que l’ont dits de « la droite ». C’est d’ailleurs avec grand intérêt que j’observe le « réveil » de certains joueurs de la droite et leurs rassemblements publics des dernières semaines. Il y a du brassage d’idées dans l’air.

Sujets :
Pétro-Canada , Ultramar , Esso , Jean-Eudes

Beaucoup de ces discussions tournent autour de la place du public et du privé dans notre société et dans notre économie. Les « droitiers » mettent de l’avant que l’État est tentaculaire, qu’il impose taxe sur taxe, qu’il est lourd, lent, inefficace. Et évidemment le corollaire est que le privé c’est l’initiative, la liberté, la prospérité, le bonheur sur terre.

 

On nous dit qu’il ne faut pas avoir honte de la richesse, qu’il faut aimer les riches, dire bravo aux riches, qu’on n’est pas nés pour un petit pain, etc. Soit mais qu’en est-il dans les faits. Prenons quelques exemples récents. Un premier cas facile, la hausse soudaine de 15 cents le litre du prix de l’essence la semaine dernière.

 

Pétro-Canada, Ultramar et les autres Esso de ce monde veulent augmenter leur marge de profit? Pas de problème! Ils y vont allègrement. Pas de permission ni d’explication à donner à personne : bienvenue dans la merveilleuse entreprise privée. Évidemment cela maugrée un peu dans les chaumières mais qui peut empêcher ces augmentations? Qui siphonne qui ici? Le méchant gouvernement avec ses taxes ou le privé avec ses profits? Seulement au niveau de l’essence, ce sont plus d’une douzaine de milliards supplémentaires que les Québécois ont payé en une année avec ces hausses. Imaginons ce que l’on aurait pu se payer collectivement avec cette somme.

 

 

Et je crois que le plus fâchant dans tout cela, c’est quand on essaie de nous faire croire que si toutes les pétrolières augmentent leur prix en même temps chaque jeudi, ce n’est qu’une pure coïncidence. On nous prend vraiment pour des idiots! Imaginez le politicien qui dirait cela : on le mettrait au pilori en première page du grand quotidien en lock-out mais quand c’est l’entreprise privée……

 

À côté de cela, regardons le processus très strict qui est imposé à Hydro-Québec quand elle veut augmenter les tarifs. Elle doit passer devant la Régie de l’Énergie, s’expliquer, se justifier (et c’est très bien ainsi) mais tout cela existe pourtant malgré le fait que si Hydro fait davantage de profits, les dividendes versés aux Québécois seront plus élevés. Vous en recevez vous des dividendes de Shell?

 

Un autre exemple des déséquilibres côté richesse. Comment expliquer que les médecins peuvent s’être arrangés pour recevoir 30 000$ pour chaque « super-infirmière » qu’ils superviseront alors que cette somme représente quasiment le revenu du Montréalais moyen et presque deux fois le salaire annuel du travailleur au salaire minimum? Est-ce vraiment cela le bien commun?

 

Dans le merveilleux monde du « privé= bonheur assuré’, on apprend dans ce non moins adorable dossier du gaz de schiste que les compagnies privées garderont leur pouvoir d’expropriation. Cherchez l’erreur! Avez-vous toujours le sentiment d’être maître chez vous?

 

Et finalement dans le dossier des élèves avec des troubles d’apprentissage, on lit cette semaine cette déclaration du Président de l’Association des établissements privés qui dit qu’on ne peut envoyer un jeune avec des difficultés à Jean-Eudes ou à Brébeuf car il se retrouverait en situation d’échec. Et moi qui croyais que le privé faisait des miracles en éducation……

 

Davantage de privé et moins de public? Honnêtement vous ne m’avez pas encore convaincu. Ma grande crainte reste que tout cela veule dire : davantage de privé dans ce qui est payant, facile, sans risque et que le méchant secteur public hérite de tout le reste. On aura alors beau jeu de dire qu’il est lent, coûteux, inefficace. Quand on veut se débarrasser de son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage?

 

 

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