« Que Saint-Léonard devienne un quartier ouvert »

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Une chronique de Daniel Duranleau, collaborateur citoyen

Un peu avant Noël, à l’occasion d’un repas partagé avec une douzaine de citoyens de Saint-Léonard, un tour de table a été mené où chacun était invité à émettre un souhait pour Saint-Léonard en 2011. Un des citoyens, nouvellement arrivé au pays, a souhaité que Saint-Léonard devienne un quartier ouvert. Et on s’en doute, il ne parlait pas ici de l’heure de fermeture des bars ou des épiceries le dimanche mais bien d’ouverture au nouveau, au changement, à l’autre.

 Ce souhait me trotte dans la tête depuis. Je suis d’avis que le brassage de la population que connaît Saint-Léonard au cours des dernières années est une belle opportunité mais qu’il exige des ajustements, des accommodements, un nouveau partage du quotidien. Chacun doit retrouver des nouveaux repères et c’est toujours déstabilisant. Ce que l’on connait est habituellement rassurant et confortable.

 

Dans ce mouvement de population, chacun doit faire son bout de chemin, chacun doit faire sa part. Dans une communauté traditionnellement tissée pas mal serrée comme Saint-Léonard, cela veut dire que ce ne sera plus comme avant. C’est clair, net et précis. La vie change. Le Saint-Léonard de 2011 ne sera pas le Saint-Léonard de 2001 mais, en même temps, le Saint-Léonard de 2011 n’est pas un lieu neutre, anodin, banal qui pourrait se retrouver partout ailleurs dans le monde. C’est, au contraire, un lieu précis avec une histoire précise; c’est une communauté donnée dans un contexte donné.

 

Cela dit, je ne vous referai pas une Commission Bouchard-Taylor prise 2 mais j’avais quand même quelques éléments en tête concernant ce souhait de l’ouverture.

 

Pour moi, l’ouverture cela se pratique toujours à deux dans le style « je m’ouvre à toi, tu t’ouvres à moi » et elle doit se faire en prenant comme base qu’on part du même point : il n’y a pas « naturellement » des gens ouverts et d’autres qui seraient fermés d’office. Vivre ensemble, c’est de l’adaptation, de l’approvisionnement.

 

L’ouverture ce n’est pas seulement le duo « eux et nous ». D’ailleurs qui compose le « nous », qui sont les « eux » après tout? Un immigrant arrivé ici il y a un an, 2 ans, 5 ans, 10 ans, est, à mes yeux, membre de la communauté d’accueil. Il a la même responsabilité morale, le même devoir éthique de participer à cette fonction de l’accueil et de l’intégration du « nouveau ». L’accueil et l’ouverture n’incombent pas seulement aux « de souche » ou aux « vieux » arrivants. Chacun doit être activement impliqué. Il serait trop facile de rester sur le bord de la bande et d’attendre que les autres « patinent ».

 

Ensuite comment manifester concrètement son « ouverture »?  Et, par opposition, il faut se poser la question des gestes, comportements, choix qui portent le message d’une certaine fermeture? À ce niveau, il faut entendre les remarques des uns et des autres sur la tenue vestimentaire de certaines personnes. Quel message envoient ces tenues?

 

Et puis je vous avouerai que quand je regarde certains évènements récents de l’actualité mondiale, j’ai de la difficulté à considérer que l’ouverture est une valeur partagée à travers le monde. À côté de cela, je vous assure que Saint-Léonard est un quartier drôlement ouvert et accueillant! On dirait quasiment le Plateau Mont-Royal…

 

Quand, au Pakistan, on célèbre comme un héros, l’assassin d’un gouverneur « ouvert » et que 50 000 personnes sortent dans la rue pour l’acclamer, je m’inquiète. La charia, comme modèle d’ouverture?

 

Quand en Égypte, une bombe tue des dizaines de chrétiens coptes, je m’inquiète. D’autant plus quand de hauts dirigeants de ce pays reprochent au Pape Benoît XVI de s’inquiéter du sort des chrétiens au Moyen-Orient et qu’on lui fait des leçons d’ingérence inacceptable.

 

Allons-nous en arriver à ce que l’on nous félicite si on se préoccupe du sort des Palestiniens mais qu’on nous accusera d’ingérence quand on posera une question face au sort des minorités chrétiennes? Est-ce que cela se peut que l’ouverture soit parfois comme dans un seul sens? Y a-t-il une « bonne » et une « mauvaise » ouverture? Et encore faudrait-il parler de l’Arizona, de la Tunisie, etc.

 

Bref une belle discussion qui pourrait nous occuper encore bien longtemps en 2011 également. Faisons-nous ce souhait de l’ouverture au dialogue, aux franches discussions, aux débats civilisés mais avec du contenu.

 

Saint-Léonard, un quartier ouvert? Il faut tous y travailler.

Organisations: Commission Bouchard-Taylor

Lieux géographiques: Saint-Léonard, Plateau Mont-Royal, Pakistan Égypte Tunisie

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