Je ne suis pas allé au concert de U2. En fait, je ne suis pas un grand connaisseur de leur musique et j’ai un peu honte d’avouer que je ne pourrais les associer à une chanson bien précise. J’ai cependant entendu plusieurs commentaires des spectateurs. Les gens me surprendront toujours : ils peuvent attendre des heures le début du spectacle en jouant aux cartes et en jurant qu’ils ne trouvent pas le temps long mais s’il leur faut une heure pour se rendre au site en métro, on crie à l’horrible lenteur du transport en commun. C’est si facile et dans l’air du temps de critiquer sans ménagement le service public…
Et puisque mon côté militant n’étant jamais bien loin, je connais bien les discours politiques de Bono et je trouve assez hypocrite de la part du groupe d’avoir déménagé sa place d’affaires de l’Irlande vers les Pays-Bas afin de payer moins d’impôts tout en nous abreuvant de prêchi-prêcha sur l’aide à l’Afrique. « Aidez l’Afrique mais pas avec mes impôts» est décidément un slogan très peu engageant. On est dans la même lignée que « Je veux bien payer 200$ mon billet pour U2 mais défense d’augmenter mes taxes municipales de plus de 2,5%. Vous n’avez qu’à couper! »
Mais j’ai pleinement participé aux 4 jours du Festival Viau-Robert organisé dans le cadre de la revitalisation urbaine de ce secteur de Saint-Léonard et j’en garde de fort belles images. Les caméras de la télévision n’ont pas suivi en direct le déploiement des belles activités offertes aux résidents du secteur mais elles auraient dû car c’était un bel oasis urbain de rires et de bonne humeur. U2 pourrait presqu’aller se rhabiller!
Je revois ces enfants les yeux grands ouverts tout rassemblés devant l’écran en plein air installé au pied des immeubles suivant en riant les aventures de Gnomée et Juliette et de leurs familles de nains de jardins et espérant une fin heureuse à l’histoire alors que cela allait si mal pour Gnomée.
Je revois Justin faire une tour de plus d’un mètre de haut avec des blocs de bois et Oussama réussir à atteindre les 5 cibles avec ses 5 balles. Je revois cette jeune fille, élève de l’école Alphonse-Pesant, nous offrir un superbe numéro de gymnastique et j’entends à nouveau, Mme Joseph nous réciter un poème haïtien appris alors qu’elle avait 20 ans.
Je revois le diabolo d’Olaf, acteur jouant le rôle de M. Fanelli, monter très haut dans le ciel sous les yeux ébahis des enfants et Marie marcher avec adresse sur son fil de fer sous les applaudissements de la foule.
Et surtout je revis le calme, la bonne humeur et les rires de cette première édition de ce Festival qui ne deviendra probablement jamais aussi grand que ses comparses montréalais mais qui a pourtant tellement sa place au pied des immeubles et au milieu des gens. Heureux de l’avoir vécu en première ligne!
