« J’utilise le joual, avoue sans honte M. Sama. J’essaie le plus possible de présenter la réalité. En présentant une langue qui n’est pas la nôtre, je ne serais pas fidèle à la réalité. »
Le langage québécois, il le maîtrise très bien. Tout comme l’anglais et l’italien d’ailleurs. The Bunker, d’abord écrite en italien et en français en 2003, sera présentée dans sa nouvelle version à la fin du mois. M. Sama a remplacé l’italien par l’anglais. Seules quelques expressions de son pays d’origine ont été conservées.
La pièce, qui a été montée une première fois en 2004, se déroule, comme son nom l’indique, dans un bunker. S’y sont réfugiées deux familles, les Lebeau et les Moschetta, que tout sépare culturellement.
« C’est la relation entre eux et les Québécois francophones, dit-il. La pièce traite de la présence de la communauté italienne au Québec qui pourrait représenter n’importe quel groupe immigrant.
« C’est sûr qu’il y a des hauts et des bas. Si tu ne crées pas de bas, ce n’est pas intéressant, ajoute l’auteur. Leur vie quotidienne est très différente. […] Le bunker, c’est comme un microcosme du Québec. »
M. Sama se garde de dévoiler le dénouement de sa pièce. Mais une chose est certaine : son œuvre est présentée de manière à faire réfléchir les spectateurs. Il veut faire sortir de leur torpeur ceux qui ont peur de l’autre, et au premier chef ceux qui ont peur des gens issus de communautés culturelles et ethniques différentes de la leur.
La pièce, qui sera présentée à des élèves, est aussi un moyen d’inciter les plus jeunes à s’intéresser au Québec.
« Il ne faut pas uniquement connaître les cinéastes, les acteurs américains, indique M. Sama en parlant de certains allophones et anglophones. Ils ne connaissent pas vraiment bien la réalité. Je ne suis pas sûr que, si tu leur demandes qui est Félix Leclerc, ils vont le savoir. »
Environ 60 % de la pièce est en anglais. Le reste est en français.
Du théâtre en italien à Montréal?
Si The Bunker est en anglais et en français, M. Sama dit avoir commencé sa carrière en écrivant des pièces en italien. Au total, sept ou huit pièces ont été écrites dans la langue de Dante, contre seulement deux dans la langue de Shakespeare.
Dans les années 1980, il s’est joint à des associations italiennes afin de monter des spectacles de théâtre. Il avait auparavant étudié cet art ici et là dans le cadre de ses études.
« Le théâtre, j’ai commencé [à en faire] à l’école secondaire. Au cégep, j’ai continué. J’avais plusieurs cours . À l’université, ç’a été la même chose », mentionne celui qui, loin de se servir du théâtre comme d’un gagne-pain, travaille dans le domaine de la sûreté alimentaire.
En 2001, quand il s’est associé au centre culturel Leonardo da Vinci, il a fondé sa compagnie de production Pier 21. Celle-ci se spécialise dans le théâtre de langue anglaise.
M. Sama n’a pas arrêté pour autant de faire des pièces en italien. Sa dernière présentée remonte à l’automne 2010. Il avoue toutefois que le public se fait de plus en plus rare.
« On a diminué, car les vieilles générations commencent à disparaître », dit-il. Les jeunes comprennent encore l’italien, mais le parlent beaucoup moins. De plus, ceux-ci préfèrent nettement mieux le cinéma.
« On n’a pas assez d’auteurs d’origine italienne qui vont présenter », précise-t-il. Une majorité écrasante de ces auteurs vont opter pour l’anglais au moment d’écrire, ce qui ne favorise pas beaucoup la langue italienne.
Le problème est sensiblement le même avec les acteurs de langue italienne, qui se font de plus en plus en rares. Et pas question de faire venir des comédiens directement d’Italie : ce serait beaucoup trop cher.
Pour le moment, The Bunker se propose de faire revivre l’esprit d’une famille italienne avec ses intonations et ses accents typiques.
Pour information : 514 955-8370.
