Je me souviens pourtant d’une activité que l’organisme communautaire pour lequel je travaillais avait menée avec un groupe d’enfants d’un quartier populaire. Dans le cadre de cette activité, les enfants étaient invités à trouver une autre fin à cette triste histoire.
Un enfant avait imaginé qu’une riche dame venait acheter toutes les chandelles de la petite fille qui pouvait repartir toute heureuse dans sa famille. Une autre enfant parlait de gentils passants qui l’invitaient à prendre le repas de Noël avec eux pour qu’elle n’ait plus faim.
Mais je me souviens surtout de Jenny, qui, innocemment, avait demandé « Mais pourquoi elle est pauvre, la petite fille? ». C’est bien ça, la question. Et oui, pourquoi elle est pauvre, cette petite fille par ce soir de neige?
Ne sommes-nous pas ici au cœur de ce qui doit nous interpeller en ces dernières semaines de l’année? Quelles solutions durables trouverons-nous enfin à cette grande pauvreté qui attaque trop durement la dignité et les conditions de vie de beaucoup de nos concitoyens notamment les enfants. Nous avions pourtant crû que l’adoption, il y a 20 ans, de la Convention internationale des droits de l’enfant marquerait une réelle avancée. Le Canada n’avait-il promis d’éliminer en une décennie la pauvreté des enfants?
Évidemment que les grands élans du cœur des prochaines semaines sont importants. Et nécessaires. Mais le vrai développement durable nous incite à aller plus loin, à mettre en place les vraies conditions de changement.
Je rêve du jour où toute la communauté suivra avec autant d’intérêt la consultation du gouvernement pour un nouveau plan d’action de lutte contre la pauvreté que le total des sommes recueillies par la Guignolée des médias. Je rêve du jour où ensemble nous comptabiliserons autant le nombre de sac de vivres apportés par les bienfaiteurs que le nombre de fois où des voisins, des amis, des citoyens auront trouvé les gestes pour faire respecter les droits de chacun. Surtout du plus abandonné.
Merci à Jenny d’avoir posé, du haut de ses 9 ans, la vraie question.
Que devient la Petite Fille aux allumettes?
À ce temps-ci de l’année, quand les outardes repartent, que la nuit tombe tôt et que la neige fera bientôt son apparition, le célèbre conte d’Andersen, La Petite Fille aux allumettes me revient en tête. Enfant, je dois avoir été très impressionné par cette histoire de fillette, pieds nus dans la neige, grelottant dans la nuit d’une grande ville vaguement menaçante. Je l’avoue, tout cela était très étranger à mon vécu d’enfant.
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