Le Dr John D. Rioux, de l'Institut de cardiologie de Montréal, a dirigé une recherche dans l’ensemble du génome humain des facteurs de risque génétiques à l’origine du développement de la maladie de Crohn.
(Photo: Daniel Marchand)
Découverte prometteuse
Des chercheurs identifient les gènes de prédisposition à la maladie de Crohn
Quelque 170 000 Canadiens souffrent de la maladie de Crohn ou de colites, connues sous le nom de maladies intestinales inflammatoires (MII). Dans l'espoir de mieux connaître ces maladies, un consortium de chercheurs canadiens et américains, sous la direction du Dr John D. Rioux, professeur agrégé de médecine à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), a réalisé une recherche dans l’ensemble du génome humain des facteurs de risque génétiques à l’origine du développement de la maladie de Crohn. Même si les résultats sont encore loin de mener à un traitement radical de la maladie, Dr John D. Rioux estime que cette recherche a permis de découvrir des choses intéressantes.
Plus précisément, en se servant d’une nouvelle stratégie, les auteurs ont découvert trois gènes constituant des facteurs de risque génétiques de contracter la maladie de Crohn. De plus, leur étude a permis d’identifier deux régions du génome où sont situés des facteurs de risque, sans pouvoir cerner de gènes connus en cause. « Il faudra des travaux plus approfondis pour identifier les gènes déterminants. On a aussi réussi à identifier des processus biologiques qui nous permettent de mieux comprendre cette maladie », souligne M. Rioux.
Étant donné le caractère héréditaire des maladies inflammatoires de l’intestin et leur fréquence accrue dans certaines populations, en particulier chez les Juifs ashkénazes, les chercheurs soupçonnent depuis longtemps la présence d’une forte composante génétique des MII. Même si des études génétiques antérieures ont découvert un lien entre la maladie de Crohn et la mutation du gène CARD15, ces mutations à elles seules ne constituent pas toute la composante génétique des MII.
« Dans le but de trouver d’autres gènes associés aux MII, on a scruté le génome et ses quelque 22 000 gènes et mis à l’épreuve plus de 300 000 polymorphismes de nucléotides simples (SNP) chez des personnes atteintes de la maladie de Crohn et dans un groupe témoin en santé. En comparant ces SNP dans les deux groupes, on en a identifié de multiples qui étaient étroitement associés à la maladie de Crohn. Ces constatations ont ensuite été testées chez deux ensembles additionnels de patients et de groupes témoins pour confirmer les résultats », explique le Dr Rioux. Selon lui, les constatations mettent en évidence de nombreux mécanismes biologiques dont on ignorait auparavant le rôle dans la maladie de Crohn.
À très long terme, les résultats de cette recherche pourraient bien avoir des répercussions sur la pratique clinique, par contre, il faudra tout de même être patient selon M. Rioux. « Ça nous a pris beaucoup de temps afin de mettre tous les morceaux ensemble pour arriver à ces résultats et il nous en faudra encore beaucoup avant d'arriver à la pratique clinique. Mais, maintenant que nous avons testé l'approche scientifique et que nous savons qu'elle fonctionne bien, nous pourrons l'appliquer à la recherche pour d'autres maladies », mentionne-t-il.
(Photo: Daniel Marchand)