QUEBEC - L'ancien premier ministre Jacques Parizeau a jeté un pavé dans la mare en publiant, jeudi, une lettre dans laquelle il s'inquiète de l'état de l'éducation au Québec.
Dans son texte, il expose les écarts importants des taux de diplomation entre les secteurs public et privé, les garçons et les filles ainsi que les réseaux francophone et anglophone.
Chiffres à l'appui, M. Parizeau souligne que le taux de diplomation du secteur public était, après cinq ans d'études secondaires, 30 pour cent moins élevé qu'au privé, en 2007. Il note aussi que, dans les écoles publiques de l'île de Montréal, le taux de diplomation des garçons anglophones était, cette même année, deux fois plus élevé que celui des francophones.
Selon M. Parizeau, cette situation, qu'il qualifie de "scandaleuse", a été provoquée par les diverses modifications imposées à l'enseignement par les gouvernements successifs.
Dans une lettre ouverte publiée jeudi, il a invité le ministère de l'Education à expliquer "la faillite de notre système scolaire".
La ministre de l'Education, Michelle Courchesne, a affirmé jeudi qu'en publiant sa lettre, M. Parizeau a dénigré le réseau public parce qu'il ne propose aucune solution. Elle a reconnu que les écarts entre public et privé étaient insatisfaisants, mais elle croit que cela démontre l'importance de valoriser le système public.
Elle ne remet cependant pas en cause les subventions accordées par le gouvernement aux institutions privées.
"Je pense qu'on fait dévier le débat quand on parle du public-privé, a-t-elle déclaré lors d'une entrevue. Je pense que ma responsabilité comme ministre de l'Education c'est de m'assurer qu'on apporte toutes les améliorations et les actions concrètes pour chaque commission scolaire et école pour nous assurer que nous continuons à améliorer notre taux de diplomation."
Elle a donné l'exemple d'un programme mis en place pour les jeunes de 15 et 16 ans dans des situations de précarité afin de réduire le risque de décrochage scolaire.
Mme Courchesne a affirmé que la différence de diplomation entre anglophones et francophones reposait sur une plus grande homogénéité de la communauté anglophone dans ses écoles. Elle estime que la communauté anglophone participe beaucoup à la vie des écoles, qui constituent des lieux de rassemblement.
Le chef de l'opposition, Mario Dumont, a quant à lui distribué les torts, au Parti québécois d'abord, en affirmant qu'il avait fait des compressions dans l'éducation lorsqu'il était au pouvoir et qu'il était à l'origine de la réforme scolaire qui a suscité plusieurs débats, notamment sur le bulletin chiffré.
M. Dumont a aussi écorché le gouvernement du premier ministre Jean Charest au passage, l'accusant de paresse dans ce dossier.
Enfourchant son cheval de bataille préféré, il a soutenu que la bureaucratie et les commissions scolaires nuisaient aux performances des écoles.
Selon M. Dumont, il faut donner plus d'autonomie aux écoles et impliquer les communautés davantage, en suscitant notamment la participation des chambres de commerce et des municipalités dans l'éducation locale.
Le chef de l'Action démocratique a aussi affirmé qu'un sentiment d'appartenance plus fort et l'implication communautaire permettaient au réseau anglophone une meilleure diplomation que dans le réseau francophone.
"Les parents et le milieu ont une implication plus grande et ça, c'est fondamental", a-t-il dit.
La députée péquiste responsable du dossier de l'éducation, Louise Harel, a affirmé que son parti partage les inquiétudes de M. Parizeau. Selon elle, un "coup de barre" s'impose pour offrir aux familles, nonobstant leurs revenus et leur langue d'origine, une école publique de qualité.
"Lors des deux derniers exercices budgétaires, nous avons mené bataille pour que le gouvernement Charest s'attaque vigoureusement au décrochage scolaire, a-t-elle dit. La réponse gouvernementale a été plus que décevante, préférant une baisse d'impôt plutôt qu'une baisse de décrocheurs."
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