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À deux doigts de l'itinérance

Mariève Tremblay par Mariève Tremblay
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Article mis en ligne le 9 novembre 2007 à 16:24
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À deux doigts de l'itinérance
Qu'ils soient d'origine québécoise, algérienne, haïtienne ou italienne, fils de mère monoparentale, ou qu'ils aient des problèmes de santé mentale ou non, la situation est la même: s'ils ne sont pas pris en charge, plusieurs jeunes de l'arrondissement pourraient se retrouver à la rue.
Cette problématique, c'est celle de la pré-itinérance. Selon Lina Raffoul, directrice du Carrefour jeunesse-emploi, bien plus de jeunes qu'on ne le croit sont dans une situation précaire et pourraient bien se retrouver sans toit. « En fait, cette problématique vient rarement seule. Dans notre cas, nous pouvons identifier les jeunes à risque à travers d'autres problèmes, que ce soit la recherche d'emploi ou une tentative de retour aux études. À Saint-Léonard, il y a beaucoup de ces "itinérants" vivant à domicile. Ils ont une maison, de quoi survivre, mais si quelque chose ne va plus, ils se retrouvent à la rue », mentionne-t-elle.

Pour Marie-Michèle Dumas, intervenante psychosociale, les exemples de cas ne manquent pas. Des jeunes « presque » à la rue, elle en croise plusieurs au cours d'une journée de travail. « Des cas types, il y en a plusieurs. Par exemple, une jeune fille dont la famille s'est réfugiée au Québec. Elle est l'aînée de cinq enfants et le père a déserté. Elle est la seule à apprendre le français et devient donc la traductrice officielle de la famille. Entre les études, la famille et le travail, elle a peu de temps pour s'intégrer à son nouveau milieu et devient la mère de sa famille. Une responsabilité bien lourde pour une si jeune fille. À l'école, elle accumule les échecs et perd beaucoup confiance en elle. La tâche devient tellement difficile que deux choix s'offrent à elle: soit elle assume, soit elle se sauve de sa famille pour survivre. »

Malheureusement, dans plusieurs des cas, l'enfant décide de fuir et se retrouve rapidement sans ressources. Dans la rue, ces jeunes sont souvent confrontés à la prostitution ou à la vente de drogue, deux moyens pour faire de l'argent rapidement. Ils peuvent développer des problèmes de consommation. « Ils s'engagent dans un cercle vicieux parce qu'en bout de ligne, ils n'ont pas plus d'argent », ajoute Mme Dumas.
Un travail d'accompagnement
Dans toute cette problématique, les organismes communautaires assurent un travail très important, celui d'accompagner ces jeunes afin de leur assurer un meilleur avenir. « On les accompagne pour aller chercher des ressources. Il s'agit de démarches à très long terme: comme se trouver un emploi, les aider à aller chercher leurs papiers officiels, les aider à ouvrir un compte bancaire, leur trouver de l'aide alimentaire et les aider à faire un budget », soutient Mme Raffoul.

Mais avant d'entreprendre toutes ces démarches, la première chose à faire est d'établir un lien de confiance avec ces enfants souvent échaudés. « Toutes les relations qu'ils ont connues étaient coercitives: à l'école, dans leur famille, en famille d'accueil ou en centre jeunesse, un endroit qui est souvent perçu comme une prison. C'est très difficile d'établir un lien solide avec eux. Il faut faire une phase d'intervention de relation d'aide avant tout sinon, ils n'iront jamais jusqu'au bout des démarches qu'on peut leur proposer. Il faut faire un peu de défrichage émotif! », avoue Marie-Michèle Dumas.

Un jour ou l'autre, ce jeune va probablement rechuter, mais l'important dans ces moments, c'est qu'il revienne vers l'organisme qui peut l'aider. « Au moins, il vient nous revoir et il sait qu'on existe. Nous, on a le pouvoir de le suivre de façon détachée », ajoute Mme Raffoul.

Malgré tout, la pré-itinérance et l'itinérance des jeunes restent un débat de société. Selon la directrice du Carrefour jeunesse-emploi, il faudrait développer davantage de ressources pour les 16-24 ans, la catégorie la plus touchée par cette problématique. « Pour l'instant, on offre des services, mais nos ressources sont limitées et il y a plusieurs vides administratifs qui font que des jeunes se retrouvent entre deux chaises… »

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