On reconnaît l’excellence quand on la voit. Petit, je parcourais les salons de l’auto avec mon père et je me rappelle toutes les Mustang, Charger, Camaro et 240Z. De nombreuses voitures qui faisaient rêver et qui se vendaient à un prix raisonnable à l’époque. C’est probablement là, avec l’émotion que suscitait le monde de l’automobile, que mon amour des voitures a germé. Aujourd’hui, nous sommes dans le culte du raisonnable, du politiquement correct. Je n’ai rien contre l’idée de sauver la planète, mais il semble que, au chapitre de l’émotion, le monde de l’automobile semble parfois manquer sérieusement d’imagination. J’assistais au salon de l’auto de Toronto, la semaine dernière, où l’on rendait un autre hommage aux créations de Carroll Shelby. Cet éleveur de poulets du Texas, devenu une vedette du monde de l’automobile en installant un bruyant V8 dans un véhicule pas plus gros qu’une Mazda Miata, a aujourd’hui 87 ans et continue de faire la manchette. Je suis fier pour lui et, en même temps, un peu déçu que, 40 ans plus tard, le monde de l’automobile n’ait pas encore évolué vers d’autres sphères de l’émotion automobile. Les impératifs monétaires semblent avoir paralysé l’imagination des constructeurs. Chrysler a, 40 ans plus tard, remis un exemplaire de sa Dodge Challenger sur la route; Ford a également joué de nostalgie pour l’actuelle génération de la Mustang; et GM a ramené, dans une robe plus moderne, sa Camaro. Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre ces voitures qui ont leur place sur l’échiquier automobile. Je me pose simplement les questions suivantes : qui aura la prochaine grande idée dans l’industrie de l’automobile ? Quel constructeur pourra de nouveau faire vibrer le vrai maniaque de voitures qui dort en moi ? @R2 :En ce moment, l’industrie de l’automobile est en crise. GM et Chrysler ont reçu de très sérieuses leçons d’humilité l’an dernier; et Toyota traverse probablement la plus grave crise de crédibilité de son histoire. Il faudra bien qu’un dirigeant se lève et nous montre la voiture qui sera à l’origine de la prochaine révolution automobile. Où est ce Steve Jobs de l’automobile avec son iPod ? Malheureusement, les constructeurs, pour la plupart, trop préoccupés par la rentabilité et étouffés par les contraintes environnementales, accouchent de modèles mi-figue, mi-raisin. Ces voitures sont bonnes pour l’environnement, fiables, mais ne passeront pas à l’histoire. @ST :Comment ramener l’émotion dans l’équation ? @R2 :L’émotion est un sentiment qui remplit de bonheur, qui fait naître en nous une joie spontanée. Des exemples récents de voitures qui donnent une émotion ? La MINI et la Smart, elles font naître un sourire. Personnellement, c’est la Lotus Exige qui m’a le plus fait vibrer au cours des dernières années. Il faudrait que les créateurs et les ingénieurs se donnent le mot pour ramener cette émotion dans les nouvelles créations. L’émotion n’est pas une question de prix, c’est une question de perception, de coup de foudre. Ce qui est encourageant, c’est que les constructeurs d’automobiles ont laissé plus de place aux stylistes, mais il en faudrait encore plus. Pour réussir, il faudra que les constructeurs remettent le plaisir de conduire à l’avant-plan. L’automobile a connu la période des véhicules pratiques d’un ennui mortel comme la fourgonnette ou des gros utilitaires aussi inutiles que gourmands. L’avenir appartient à ceux qui seront capables de conjuguer format et plaisir de conduire dans un enrobage attirant pour l’œil. Vive la différence ! Il faudra oser pour se démarquer. Le défi est grand car il faut mettre de l’avant des qualités qui semblent incompatibles, comme le respect de l’environnement et la performance, ou un petit format spacieux pour plaire à la famille. Mais rien n’est impossible, et j’attendrais patiemment la prochaine idole d’une génération. En attendant, je vais continuer d’arpenter les salons de l’auto de la planète pour vous tenir au courant de mes découvertes. Prochain rendez-vous, Genève !
- Nombre de fois lu : 1117
- Coter
- Haut de page